L3
Psychologie cognitive : mémoire, décision et expertise
L'attention (Nideffer) est traitée dans le module de psychologie du sport, et la loi de Hick dans celui de neurosciences. On approfondit ici la mémoire, la prise de décision et l'expertise.
Les mémoires
Atkinson et Shiffrin (1968) proposent un modèle à trois composantes : registre sensoriel, mémoire à court terme, mémoire à long terme. Baddeley et Hitch (1974) remplacent la mémoire à court terme par une mémoire de travail avec un administrateur central et des systèmes esclaves (boucle phonologique, calepin visuo-spatial). Miller (1956) évoquait «7 ± 2» éléments, mais les estimations actuelles pour des éléments purs sont plus faibles (Cowan, 2001 : environ 4 chunks). Un chunk est une unité de sens regroupant plusieurs informations. La mémoire à long terme se subdivise en mémoire déclarative (épisodique, sémantique) et procédurale (habiletés motrices). Les consignes d'un entraîneur doivent respecter la limite de la mémoire de travail : peu d'éléments, un ordre logique, des mots-clés.
Prise de décision
Les modèles classiques supposent une comparaison rationnelle des options. Klein (1993) a décrit, chez des pompiers, la prise de décision naturaliste : l'expert reconnaît une situation typique et active une action (Recognition-Primed Decision) sans comparer plusieurs options. Gigerenzer défend le rôle d'heuristiques simples et rapides (fast and frugal). En sport collectif, la décision dépend de la perception d'indices, des connaissances tactiques et du temps disponible. Le compromis vitesse-précision et le stress modifient l'équilibre entre intuition et analyse.
Expertise
Chase et Simon (1973) montrent que les maîtres d'échecs mémorisent mieux les positions réelles que les débutants grâce à des chunks, mais pas les positions aléatoires. Les experts sportifs surpassent les non-experts en précision et en rapidité de réponse sur des tâches perceptivo-cognitives (anticipation, décision), avec moins de fixations visuelles mais plus longues (méta-analyse de Mann et al., 2007, Journal of Sport & Exercise Psychology, 29, 457-478, 42 études), l'ampleur variant selon le sport et le protocole. La recherche sur le quiet eye (Vickers, 1996) montre que les experts fixent plus longtemps une cible avant d'initier un geste. Ericsson, Krampe et Tesch-Römer (1993) ont défendu le rôle de la pratique délibérée (tâches structurées visant l'amélioration, avec feedback). La règle des «10 000 heures» est une vulgarisation abusive : la quantité requise varie fortement, et la génétique, l'âge de départ et les opportunités jouent aussi.
Application : entraîner la décision par des situations réalistes, ralentir puis accélérer, et utiliser la vidéo avec questions.
🎯 À retenir
- Mémoire de travail (Baddeley et Hitch) : capacité limitée, probablement environ 4 chunks (Cowan, 2001).
- Mémoire déclarative (épisodique, sémantique) et procédurale (habiletés).
- Klein : décision naturaliste par reconnaissance, utile en conditions d'urgence.
- Expertise = organisation de connaissances en chunks et meilleure anticipation (Chase et Simon, 1973 ; Mann et al., 2007).
- Pratique délibérée (Ericsson et al., 1993) : structurée, avec feedback ; les «10 000 heures» sont un mythe de vulgarisation.
- Les consignes doivent respecter les limites de la mémoire de travail.
⚠️ Erreurs fréquentes
- Donner dix consignes simultanément à un débutant.
- Croire que la décision experte est toujours une comparaison rationnelle des options.
Pour s'entraîner
✅ QCM : Psychologie du développement, sociale et cognitive appliquée aux APS 🃏 Fiches
Calculateurs liés
- Effet de Ringelmann : force théorique d'un groupe
- Score moyen et pourcentage de l'étendue d'un questionnaire
- Taille d'effet d de Cohen et g de Hedges (deux groupes indépendants)
- Âge estimé au pic de croissance (PHV) : Mirwald (2002) et Moore (2015)
← Personnalité, identité, image du corps et estime de soi Émotions et régulation émotionnelle →