L2
Le sport sous l'Occupation et le régime de Vichy
Entre 1940 et 1944, le régime de Vichy développe une politique sportive très volontariste, à la fois continuité de l'entre-deux-guerres et rupture idéologique. Elle illustre l'usage politique du corps.
Jean Borotra et le Commissariat
Le tennisman Jean Borotra, l'un des « Mousquetaires » des années 1920-1930, est nommé commissaire général à l'éducation générale et aux sports (en fonction du 13 juillet 1940 au 18 avril 1942 selon l'Encyclopædia Universalis ; d'autres sources parlent de « août 1940 » pour la création du Commissariat). Il dirige une administration dédiée, étendue ensuite à toute la zone non occupée. Il est remplacé en avril 1942, quand Pierre Laval revient au pouvoir, par le colonel Joseph Pascot, dont la politique est plus autoritaire ; Borotra est ensuite arrêté par la Gestapo (22 novembre 1942, alors qu'il cherchait à gagner l'Afrique du Nord) et interné en Allemagne.
La Charte des sports du 20 décembre 1940
Ce texte reprend en main le mouvement sportif : les fédérations sont placées sous l'autorité de l'État et chaque association doit être agréée. Il remet l'État au centre, rompt avec l'autonomie associative issue de la loi de 1901, et s'inspire en partie du modèle de l'Italie fasciste (Carta dello Sport de 1926, selon le Mémorial de la Shoah). Dans les écoles, la durée de l'éducation physique est considérablement augmentée (les sources citent un triplement des horaires, avec le soutien du ministre de l'Éducation nationale Jérôme Carcopino) ; les enseignants et moniteurs sont recrutés en nombre.
Idéologie : corps, jeunesse, hiérarchie
La « Révolution nationale » valorise un corps sain, discipliné, rural, au service de la patrie, de la famille et du travail. Le sport féminin est encouragé comme préparation à la maternité. Les mesures antisémites frappent les sportifs juifs : exclusion des clubs, des fédérations et des terrains. Des athlètes comme le nageur Alfred Nakache, arrêté à Toulouse fin 1943 (novembre ou décembre selon les sources) puis déporté à Auschwitz par le convoi du 20 janvier 1944 et survivant, incarnent cette persécution ; sa femme et sa fille y ont été assassinées.
Héritages après 1944
L'ordonnance du 9 août 1944, signée à Alger, rétablit la légalité républicaine en déclarant nuls les actes de Vichy dont la nullité est « expressément constatée » ; elle ne vise pas nommément la Charte des sports, dont l'abrogation précise (un texte d'Alger de 1943 est parfois cité) n'a pas pu être recoupée ici. Le sport est ensuite réorganisé par l'ordonnance n° 45-1922 du 28 août 1945 relative à l'activité des associations, ligues, fédérations et groupements sportifs, qui subordonne l'organisation des compétitions à une autorisation ministérielle et fonde le régime des fédérations agréées. Les historiens (Jean-Louis Gay-Lescot, Pierre Arnaud, Jacques Defrance) montrent des continuités : l'idée d'un service public sportif, l'extension des horaires d'EPS, les équipements, l'agrément des fédérations et le rôle de l'État reviennent après-guerre.
🎯 À retenir
- Borotra est commissaire général à l'éducation générale et aux sports de juillet 1940 à avril 1942, puis remplacé par le colonel Pascot.
- La Charte des sports (20 décembre 1940) place les fédérations sous tutelle de l'État.
- Les horaires d'EPS augmentent fortement dans les écoles sous Vichy.
- Des mesures antisémites excluent les sportifs juifs ; Alfred Nakache est arrêté fin 1943 et déporté en janvier 1944.
- Le cadre étatique du sport survit en partie à la Libération (ordonnance n° 45-1922 du 28 août 1945).
⚠️ Erreurs fréquentes
- Considérer que tout ce qui date de Vichy a été aboli : plusieurs institutions et usages ont été prolongés.
- Assimiler le sport sous Vichy au sport sous l'Allemagne nazie : les logiques institutionnelles sont distinctes.
Pour s'entraîner
✅ QCM : Histoire, sociologie, anthropologie et philosophie du sport 🃏 Fiches
Calculateurs liés
- Taux de licences et concentration (CR3)
- Indice de féminisation d'une fédération
- Taux de variation annuel moyen (TCAM)
← Sport, nationalismes, guerres et colonisation Sport et Guerre froide : boycotts et politique →