STAPS Hub

Cours › Histoire, sociologie, anthropologie et philosophie du sport › Naissance du sport en Angleterre et civilisation des mœurs

L1

Naissance du sport en Angleterre et civilisation des mœurs

Le sport moderne naît en Angleterre aux XVIIIe-XIXe siècles. Les sociologues et historiens (Elias, Dunning, Guttmann, Vigarello) y voient le résultat d'un long processus de transformation des comportements et de l'État.

Une codification progressive

Les jeux populaires sont transformés dans les public schools (Rugby, Eton, Harrow) où les élèves de l'élite codifient des pratiques existantes. L'image de Thomas Arnold, directeur de Rugby de 1828 à 1842, est souvent associée à l'idée d'éducation morale par les jeux collectifs, bien que les historiens discutent son rôle réel. Les règles de la Football Association sont adoptées en 1863 (réunion de Londres), celles du rugby se formalisent avec la Rugby Football Union en 1871 ; la boxe adopte les règles du marquis de Queensberry en 1867 ; le Jockey Club (courses hippiques) structure les paris dès le XVIIIe siècle. Les clubs et fédérations se multiplient, avec des championnats, des tribunaux et des règlements uniformes.

Elias : sportisation et civilisation des mœurs

Norbert Elias, dans La civilisation des mœurs (publié en allemand en 1939, traduit en français dans les années 1970), montre que l'Europe occidentale connaît un long processus d'autocontrainte : monopole étatique de la violence légitime, allongement des chaînes d'interdépendance, intériorisation de la retenue. Avec Eric Dunning (Quest for Excitement, 1986 ; traduit en français en 1994 sous le titre Sport et civilisation, la violence maîtrisée), il applique l'idée au sport : le sport est un espace de violence contrôlée et de plaisir de l'excitation (« quest for excitement ») dans une société qui interdit la violence ordinaire. Il parle de sportisation : les jeux deviennent régulés, avec arbitres, règles écrites, limitation de la brutalité, et une tension équilibrée entre rivalité et coopération. La parlementarisation de la vie politique anglaise (alternance pacifique) et celle du sport se répondent selon lui.

Guttmann et la modernité

Allen Guttmann (From Ritual to Record, 1978) propose sept traits : sécularisation, égalité des chances, spécialisation des rôles, rationalisation, organisation bureaucratique, quantification et culte du record. Il lie le sport moderne à la révolution industrielle, à la rationalité de Max Weber et au capitalisme.

Diffusion

Par les écoles, l'armée, les marchands et la colonisation, les sports anglais gagnent le continent (football au Havre, régates, rugby), puis le monde. L'amateurisme, valeur aristocratique du « gentleman », exclut longtemps les ouvriers rémunérés de certaines compétitions (aviron : exclusion des travailleurs manuels dans les règles de l'Amateur Rowing Association du XIXe siècle).

🎯 À retenir

  • Le sport moderne se codifie en Angleterre : Football Association (1863), Rugby Football Union (1871), règles de Queensberry (1867).
  • Elias : processus de civilisation, monopole de la violence légitime, autocontrainte ; le sport est une violence contrôlée.
  • Elias et Dunning (Quest for Excitement, 1986 ; trad. fr. 1994) : la recherche d'excitation est socialement permise dans le sport.
  • Guttmann (1978) : sept caractéristiques du sport moderne, dont la quantification et le record.
  • L'amateurisme est une norme de classe : elle exclut des ouvriers de certaines compétitions.

⚠️ Erreurs fréquentes

  • Réduire Elias à une thèse « le sport est pacifique » : le processus n'est ni linéaire ni irréversible (il connaît des décivilisations).
  • Attribuer la création du football à une seule date : les règles locales coexistent longtemps.

Pour s'entraîner

✅ QCM : Histoire, sociologie, anthropologie et philosophie du sport 🃏 Fiches

Calculateurs liés

← Jeux antiques et jeux populaires médiévaux La gymnastique européenne : Amoros, Jahn, Ling, Hébert →